Introduction


M. Lawrence M. Lande, l'illustre bibliophile canadien, a compilé au fil des ans un nombre impressionnant de bibliographies canadiennes. La place de choix revient sans contredit à The Lawrence Lande Collection of Canadiana in the Redpath Library McGill University (1965) et à son supplément Rare and Unusual Canadiana (1971), bien que d'autres bibliographies que l'on doit à M. Lande revêtent tout autant d'importance. Le 11 novembre 1996, M. Lande a célébré son 90e anniversaire et il nous a paru seyant de marquer cette occasion par une exposition. Bibliotheca Canadiana : Étude historique de la bibliographie canadienne retrace l'évolution de la bibliographie canadienne depuis le début du XVIIIe siècle jusqu'à la fin du XXe siécle. Cette exposition célébre les réalisations de l'un des plus grands collectionneurs modernes du Canada. On ne pourrait mieux rendre hommage à l'oeuvre de M. Lande.

La bibliographie canadienne puise ses origines dans le sujet plus vaste de la bibliographie de l'Amérique ou du Nouveau Monde, ce qui n'a rien d'étonnant. Et ce n'est que lentement que la bibliographie canadienne a commencé à se détacher de cette discipline plus étendue. Il n'en reste pas moins que le première bibliographie canadienne que l'on doit à G.-B. Faribault, est parue dès 1837. Son oeuvre a un rapport étroit avec le désir d'illustrer l'histoire du Canada et elle trouve un équivalent dans le développement de la tradition archivistique canadienne. Le XIXe siècle a vu la véritable pose des fondations de la bibliographie canadienne.

En général, les bibliographies sont de trois types : il y a celles qui reposent sur les collections privées, les compilations qui s'appuient sur des sources multiples et les catalogues des libraires. Les trois types sont représentés dans cette exposition. Les collections privées sont à la base de quantité de bibliographies qui reflètent en général directement la personnalité et les objectifs du collectionneur. Dans certains cas, ces collections privées témoignent de nouvelles orientations, comme c'est le cas de la Bibliotheca Americanæ Primordia de White Kennett, qui passe généralement pour la première bibliographie américaine. Dans d'autres, comme dans celui de M. Lande, la bibliographie reflète la passion du collectionneur. Mais même dans ces cas, de nouvelles orientations peuvent trouver à s'exprimer. Les compilations sont une autre démarche d'orientation sans doute plus théorique en ce sens que diverses sources servent à créer une bibliographie généralement plus exhaustive que celle qui repose sur une collection privée. Les oeuvres de L.T. Rede, G.-B. Faribault, H. Harrisse, comme de nombreuses bibliographies modernes, sont de ce type. Enfin, les catalogues des libraires contiennent souvent des documents rares et inusités ou des exemplaires particulièrement importants. Par ailleurs, ces catalogues ouvrent souvent les secteurs d'une discipline restés inexplorés jusque là. Les libraires et leurs catalogues sont habituellement les sources qui contribuent à la création des collections privées. Henry Stevens de Vermont est l'exemple le plus notable, mais il y en a quantité d'autres au XIXe siècle, notamment O. Rich et F.A. Brockhaus.

L'importance du rôle des libraires dans la bibliographie canadienne est particulièremente apparente au XXe siècle (les noms de Bernard Amtmann, Dora Hood et G. Ducharme viennent immédiatement à l'esprit), même si le rôle qu'ils ont joué dans la formation des collections du XIXe siécle reste plus obscur. L'histoire du commerce des livres au Canada, surtout au XIXe siècle, reste à écrire. Il est clair néanmoins que les grandes collections de Canadiana montréalaises du XIXe siècle comme celles de Frederick Griffin, Robert Mackay, David Ross McCord, Gerald E. Hart and Joseph B. Learmont ont été tributaires des services des libraires. Parmi ces collections, celles de Griffin, Mackay et McCord se trouvent aujourd'hui pour la plupart à McGill; celles de Hart et Learmont ont été vendues aux enchères respectivement à Boston en 1890 et à New York en 1917. Pour ces deux dernières, les catalogues d'enchères constituent aujourd'hui les seuls registres.

À la fin du XIXe siècle, la bibliographie canadienne a atteint sa majorité et sur les nombreuses bibliographies notables, nous n'avons pu inclure que très peu d'exemples. Les bibliothèques de recherche et les universités canadiennes ont joué un rôle décisif dans la maturation de la discipline en créant des bibliographies de leurs fonds (la bibliothèque municipale de Toronto étant l'exemple le plus illustre) et en parrainant des projets concertés. Les chercheurs et les groupes de chercheurs ont également apporté des contributions notoires et il faut citer en particulier l'oeuvre de Marie Tremaine et celle de la Sociét? bibliographique du Canada. Ce bref aperçu historique devrait amplement suffire à illustrer non seulement les débuts mais également l'état actuel de la bibliographie canadienne qui est florissant.

L'exposition englobe à la fois les bibliographies et les titres qui y figurent et parfois même d'autres documents illustrés. La plupart des exemples sont tirés de la collection Lande et en portent la marque; la majeure partie des bibliographies en revanche proviennent de la collection générale du département des livres rares et des collections spéciales.

Richard Virr
Conservateur des manuscrits

Nellie Reiss
Bibliothècaire de la collection Lande de Canadiana

Département des livres rares et des collections spéciales
Bibliothéques de l'Université McGill

November 1996


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